Allaitement, COVID et confinement

Allaitement, COVID et confinement

 

Mon éditorial du n° 124 d’Allaiter aujourd’hui, juillet 2020.

Et si l’on parlait de l’allaitement au temps de la COVID-19 et du confinement ?

Au début, on a eu très peur que les femmes soient laissées à l’abandon, sans personne pour les accompagner et les soutenir.
Inutile de nier que pas mal de femmes ont mal, voire très mal, vécu les règles imposées par la crise sanitaire, que ce soit pour l’accouchement ou les suites de couches (voir par exemple le témoignage de Laure “J’ai traversé seule quatorze heures de contractions. C’est criminel”).

Mais ces règles ainsi que le confinement ont aussi eu, de façon inattendue, des conséquences positives pour l’allaitement.

Ce sont ces femmes qui ont apprécié la paix royale dont elles ont bénéficié à la maternité : un rythme apaisé, pas de visites intempestives, plus de peau à peau avec le bébé, plus de sommeil pour tout le monde, plus de tétées. Celles qui avaient déjà eu un ou des enfants ont pu faire la comparaison !
De tels échos nous parviennent d’un peu partout. Que ce soit d’Australie (“New mothers savour postnatal peace of hospital COVID-19 restrictions”), du Royaume-Uni (où, à travers tout le pays, on a noté une augmentation du nombre de bébés reprenant leur poids de naissance à J5, quelque chose qu’on n’avait pas vu depuis des décennies ) ou… d’Auvergne (“En Auvergne, le confinement a été favorable à l’allaitement maternel”). Comme le raconte Élise, “pour mes deux premiers, j’avais beaucoup de visites à la maternité, j’étais fatiguée, stressée et moins disponible pour mon bébé. Avec les visites, c’est compliqué de faire du peau à peau avec le nouveau-né, on ne peut pas se déshabiller devant ses proches”. Alors que là, “dès que ma fille réclamait, je la mettais au sein sans me poser de questions”.

Ce sont ces femmes qui ont finalement choisi d’allaiter alors qu’elles n’avaient pas prévu de le faire, et ce dans le but de protéger leur bébé de la maladie. Un médecin travaillant dans une maternité de Dublin a ainsi déclaré que “les patientes qui étaient peut-être nerveuses à l’idée d’allaiter ou pensaient qu’elles n’y arriveraient pas se sont rendu compte des importants avantages immunitaires de l’allaitement” (“More women opting to breastfeed to protect babies against coronavirus”). Rappelons que l’Irlande a un taux d’allaitement particulièrement faible, inférieur même à celui de la France.

Ce sont ces femmes qui, au lieu de reprendre le travail, ont été mises en chômage partiel (ou ont télétravaillé), bénéficiant ainsi de plusieurs semaines supplémentaires avec leur bébé, et prolongeant l’allaitement en direct.

Ce sont ces femmes américaines qui n’avaient jamais commencé à allaiter ou avaient arrêté depuis peu, et qui (entre autres par crainte de pénuries touchant les laits infantiles) se sont renseignées sur la possibilité de relacter (“Worries over formula shortages have stirred interest in re-lactation”).

Et pour ce qui est du soutien, il n’a jamais cessé. Bénévoles des associations de mères et consultantes en lactation ont continué à accompagner les mères par téléphone, par mail, remplaçant les rencontres en chair et en os par des visioconférences (voir notamment toutes les réunions virtuelles proposées par LLL France).

Alors, bien sûr, on ne va pas souhaiter une reprise de l’épidémie et un nouveau confinement, mais on pourrait peut-être tirer quelques leçons de cette période. Par exemple, limiter les visites à la maternité ?!

A propos de l'auteur

Claude Didierjean-Jouveau

Animatrice de La Leche League France, rédactrice en chef de la revue "Allaiter aujourd'hui !" Auteur de plusieurs ouvrages sur l'allaitement, la naissance et le maternage.

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