Porter son bébé

Porter son bébé

Quand le petit d’homme naît, il vient de passer neuf mois dans un endroit où il était porté, bercé, entouré en continu.
Pas étonnant donc qu’une fois dehors, il cherche à retrouver cet environnement, et que pour lui, le meilleur endroit où se trouver soit les bras de sa mère, de son père ou d’un autre proche aimant.
Comme on dit (malheureusement souvent de façon critique), « il veut toujours être à bras ».
Mais les bras se fatiguent à force, surtout lorsque l’enfant grandit. Et s’ils sont occupés à porter l’enfant, ils ne peuvent pas faire grand-chose d’autre.
C’est là qu’intervient le porte-bébé.

Les anthropologues pensent que le porte-bébé est peut-être bien le premier outil qu’ont inventé les hommes (sans doute quand les poils auxquels pouvaient s’agripper les petits ont disparu du corps des mères, et que les petits ont perdu leur gros orteil opposable !). Pour l’archéologue britannique Timothy Taylor, cette invention remonterait à un million huit cent mille ans !

Des porte-bébés, on en trouve partout dans le monde : pagnes africains, porte-bébés « chinois » en Asie, « hamacs » en Amérique latine… Seul l’Occident semblait avoir perdu la tradition de portage, jusqu’à ce que, il y a une trentaine d’années, on voit apparaître dans nos rues des bébés « kangourous » portés sur le ventre de leur mère ou de leur père. Et que, encore plus récemment, commencent à se répandre des modes de portage plus respectueux, on le verra, de la physiologie du bébé et du porteur.

Pourquoi porter ?

Si l’on comprend le besoin qu’a le bébé d’être en contact étroit avec l’adulte, en premier lieu sa mère, on voit tout de suite comment le portage répond facilement à ce besoin.

Des bébés heureux

Du coup, les bébés pleurent moins. Toutes les études le montrent. Et aussi l’expérience des parents. Ainsi, dans une étude récente ayant suivi 700 bébés pendant leur première année [1], les pratiques les plus efficaces d’après les parents en cas de pleurs les quatre premiers mois étaient de porter l’enfant (88 %), de lui donner le sein (82 %) et de marcher en le tenant (87 %).

Une étude menée en 1986 par Urs Hunziker et Ronald Barr [2], de l’Université MacGill au Canada, a montré que lorsque les mères portent davantage l’enfant, il pleure moins souvent. Quand, au moment du fameux « pic de pleurs » des 6 semaines, on a comparé les bébés des mères auxquelles on avait demandé de les porter davantage aux bébés du groupe contrôle, on a constaté 43 % de pleurs en moins sur vingt-quatre heures, et jusqu’à 51 % de pleurs en moins en soirée (de 16 h à minuit). La diminution des pleurs s’observait également, quoique de façon moins importante, à 4, 8 et 12 semaines.
L’augmentation du temps de portage (que ce soit dans les bras ou dans un porte-bébé) n’était pourtant pas énorme : 4,4 heures en moyenne par jour contre 2,7 heures pour le groupe contrôle. Une heure et demie de portage supplémentaire avait donc suffi à diminuer de plus de moitié les pleurs de fin de journée, dont se plaignent tant de nouveaux parents… Ce temps de pleurs en moins était occupé par des tétées plus fréquentes, plus d’éveil calme et de moments où le bébé semblait heureux et satisfait.

Et non seulement le portage calme les pleurs, mais il les prévient. En effet, dans la mesure où il permet au parent d’être sensible aux besoins de l’enfant et d’y répondre sans délai, ce dernier n’a pas besoin d’aller jusqu’aux pleurs. S’il chouine ou semble en détresse, le parent peut lui répondre et le rassurer. S’il a faim, la mère peut lui offrir le sein sans tarder, y compris dans le porte-bébé !
Les bébés portés pleurent moins, ont moins de coliques, régulent mieux leur température, digèrent mieux et dorment mieux (combien de bébés s’endorment instantanément dès qu’on les met dans le porte-bébé ?…).
Les bébés portés découvrent le monde « à hauteur d’homme » (et non à hauteur des pots d’échappement…). Ils participent en observateurs à la vie de leurs parents, à leurs activités.
Et contrairement aux craintes parfois exprimées que « trop » portés, ils ne veuillent pas apprendre à marcher, ils bénéficient généralement d’un développement psycho-moteur optimal.

Des parents heureux

Du côté des parents, en plus du plaisir de voir son enfant heureux, le portage est un merveilleux moyen de nouer les liens, notamment pour les pères, qui n’ont pas pu porter l’enfant dans leur ventre.

Nadine : « Mon bébé adore être porté, ce qui n’est pas toujours évident quand je dois m’occuper des aînés. C’est là que le papa entre en action. Le bébé apprécie autant d’être porté par papa que par maman, et s’endort volontiers ainsi. Et le papa aime ça ! »

Et surtout, c’est très pratique. Le portage, c’est comme des bras supplémentaires (quelle mère n’a pas envié les déesses indiennes dotées de bras innombrables ?!). Il permet de répondre aux besoins du bébé tout en faisant autre chose : le ménage, la cuisine, les courses, s’occuper d’un autre enfant, faire une randonnée, etc.
Contrairement à ce qu’on croit souvent chez nous, le portage n’est pas réservé à l’extérieur de la maison.

Marie-France : « Pour mon bébé, l’écharpe est comme un nid, l’endroit où il sait qu’il peut se nourrir, dormir, se sentir en sécurité. À 4 mois, il ne pleure presque jamais. Je ressens ses besoins, et j’y réponds sans avoir à y réfléchir. Je le porte pour aller à la crèche et en revenir. De retour à la maison, je vaque à mes occupations avec lui dans l’écharpe, je suis libre de mes mouvements. »

Comment porter

Que ce soit pour le confort de l’enfant porté ou pour celui du porteur, les meilleurs porte-bébés sont ceux qui respectent la physiologie des deux (notamment l’arrondi du bébé les premiers temps), où le poids du bébé est bien réparti et ne « tire » pas sur le dos et les épaules du porteur, où le bébé n’est pas « suspendu », les jambes pendantes.
À cet égard, les porte-bébés kangourous classiques, même s’ils ont fait des progrès depuis les années 70, ne sont pas le meilleur choix. D’ailleurs, les parents les utilisent très peu au-delà des toute premières semaines, justement parce qu’ils ont vite mal au dos.

Choisir un porte-bébé

Par contre, les tissus qui permettent de bien plaquer l’enfant contre le corps du porteur, dans une position physiologique, pourront être utilisés très longtemps.
Porte-bébés hamacs (aussi appelés slings, du terme anglo-saxon), écharpes de portage, porte-bébés « chinois » (un rectangle de tissu avec de longues lanières aux quatre coins)… on trouve maintenant facilement ces modèles, dans certaines boutiques et surtout sur Internet [3].
Chaque modèle a ses avantages et sera préféré selon l’utilisation, l’âge de l’enfant, etc.
Beaucoup de mamans « porteuses » disposent de plusieurs modèles entre lesquels elles jonglent selon les circonstances. Par exemple, avec un petit qui commence à marcher mais veut quand même être porté par moments, il peut être plus intéressant d’utiliser un sling permettant un portage sur la hanche, l’enfant pouvant y aller et en sortir très facilement, plutôt qu’une écharpe de portage plus longue à nouer et dénouer.

Devant, derrière, sur le côté ?

Le portage sur le ventre, qui correspond bien à l’aspect « utérin » du portage, semble être une invention occidentale. Ailleurs dans le monde, les enfants sont portés sur le côté ou sur le dos du porteur.
Faut-il « apprendre » à porter ? Les avis divergent sur la question. Il est sûr que dans une société où le portage des bébés est traditionnel, le savoir-faire se transmet sans difficultés entre générations, ce qui n’est pas le cas chez nous.
Pour certaines donc, assister à un atelier où elles pourront essayer différents modèles de porte-bébés, apprendre différentes façons de nouer une écharpe, expérimenter le portage sur le dos, etc., sera très utile. Ces ateliers se multiplient actuellement, certains payants, d’autres gratuits.
Pour d’autres, il suffira de voir faire une mère « porteuse » dans une réunion de parents, ou de regarder des photos ou des vidéos sur les sites de portage qui se multiplient également.

À lire, Porter bébé : avantages et bienfaits, éditions Jouvence.

[1]  Howard CR et al, Variations in parental comforting practices and breastfeeding duration, ABM News and Views 2004 ; 10(S).
[2] Urs A Hunziker et Ronald G Barr, Increased Carrying Reduces Infant Crying : A Randomized Controlled Trial, Pediatrics 1986, vol. 77 ; n° 5 : 641-48.
[3] Certains de ces tissus sont bios, mais il faut savoir qu’il est très difficile, voire impossible, d’à la fois être bio et répondre aux normes françaises qui, pour les articles de puériculture, exigent un traitement anti-feu pas très « bio »…

 

Petite mise au point sur le matériel de puériculture

Si l’on en croit les magazines (voir leurs articles récurrents sur « un bébé, combien ça coûte ? »), l’arrivée d’un bébé suppose l’achat de tout un tas de matériels qui vont transformer l’appartement des parents en une annexe de magasin de puériculture. Le catalogue d’une grande marque de ce genre de matériels ne titrait-il pas récemment : « Réussir son bébé » ? Sous-entendu : si on n’achète pas tout ce qu’il y a dans le catalogue, on risque de « rater » son bébé ?!
Eh bien non, on peut très bien ne pas acheter tout cela. Et être des parents « bios », ce n’est pas se contenter de remplacer un produit par son équivalent « bio » (s’il existe), c’est aussi s’interroger sur l’utilité et la nécessité ou non dudit produit.
À ce titre, un bon porte-bébé  est sans doute le type même de produit à acheter ou à se faire offrir quand on attend un bébé.

Voir Un bébé, est-ce que ça coûte cher ?

About The Author

Claude Didierjean-Jouveau

Animatrice de La Leche League France, rédactrice en chef d'Allaiter aujourd'hui ! Auteur de plusieurs ouvrages sur l'allaitement, la naissance et le maternage.

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