Soutien-gorge : en avoir ou pas

Soutien-gorge : en avoir ou pas

Quand une femme enceinte projette d’allaiter son futur bébé, dans la liste des objets qu’on lui demande d’apporter à la maternité figure presque toujours un, voire plusieurs soutiens-gorge d’allaitement.
Mais comme il est bien difficile de savoir, en fin de grossesse, quelle taille auront les seins une fois l’allaitement démarré, c’est souvent un achat pour rien, qui arrange surtout… les magasins et sites spécialisés en lingerie d’allaitement.

Soutien-gorge d’allaitement maison

Il faut dire que, contrairement à ce qui existait il y a une vingtaine d’années, où l’on ne trouvait que quelques rares spécimens plutôt austères et tristounets, les marques ont multiplié les modèles, tous plus affriolants (et chers) les uns que les autres.
Mais même si l’on peut avoir envie de rester sexy en allaitant, ce genre d’achat n’est vraiment pas une obligation.

On peut en effet très bien utiliser un soutien-gorge « ordinaire » dans lequel on se sent bien, qui ne comprime pas les seins et sans armatures (sinon, gare aux canaux bouchés…), et l’adapter à l’allaitement.
Il suffit pour cela de découdre ou couper les bretelles au niveau des bonnets [1], puis d’y coudre soit des attaches de maillot de bain [2], soit des agrafes de soutien-gorge, soit des boutons pression [3]. En plus de ceux indiqués en note, vous trouverez facilement d’autres tutos en cherchant « fabriquer un soutien-gorge d’allaitement » avec votre moteur de recherche.

On peut aussi, sans aucune couture pour le coup, utiliser une simple brassière souple, qu’on peut facilement abaisser ou remonter pour dégager le sein, sans avoir rien à décrocher

Pas de soutien-gorge en allaitant ?

Et si la meilleure façon de « do it yourself » son soutien-gorge d’allaitement, c’était… de ne pas en mettre ?

Un certain nombre de femmes se rendent en effet compte rapidement qu’à moins de passer son temps à décrocher et raccrocher les bonnets, allaitement à la demande et soutien-gorge ne vont pas très bien ensemble… Elles vont passer quelques jours le soutien-gorge dégrafé avant de le ranger dans un tiroir.
Parfois, c’est même dès la maternité que, gardant leur bébé sur elles en peau à peau, elles se seront rendu compte que le soutien-gorge est non seulement inutile, mais gênant dans la mesure où il s’interpose entre elles et leur bébé.
Plus tard, dans la vie de tous les jours, il sera tellement plus facile (et plus discret) d’avoir juste à soulever un haut pour donner accès au sein, sans avoir en plus à dégrafer un soutien-gorge.

Mais les fuites, alors ? Comment les éponger si on ne peut pas coincer des coussinets absorbants dans un soutien-gorge ? D’abord, toutes les femmes qui allaitent n’ont pas de fuites. Pour celles qui en ont, cela ne dure souvent qu’un temps. Et l’on peut empêcher tout écoulement en appuyant fermement sur ses seins avec ses bras croisés dès qu’on sent des picotements annonciateurs…

Bien sûr, certaines ne se sentiront pas à l’aise sans soutien-gorge. Soit en raison de fuites importantes et persistantes. Soit parce que leur très forte poitrine a vraiment besoin d’être soutenue, y compris pendant la tétée pour ne pas gêner la succion du bébé [4].

Plus de soutien-gorge, jamais ?

Certaines, qui ont pris goût à l’absence de soutien-gorge pendant l’allaitement, décident de s’en passer définitivement (cela a été mon cas !).

Bien sûr, on ne manquera pas de leur faire peur avec des photos de femmes africaines aux seins pendant jusqu’aux genoux [5].
Mais ces dernières années, plusieurs études sont venues dire que le soutien-gorge n’était peut-être pas l’ami des seins qu’on croyait, que ce soit pour leur santé ou leur beauté.

Il y a eu notamment cette hypothèse (controversée, je le reconnais) sur un lien possible entre cancer du sein et port du soutien-gorge (surtout le port en continu, jour et nuit, de modèles très serrés). L’idée étant que le soutien-gorge, par ses armatures, élastiques, bonnets, bretelles, comprime les ganglions et canaux lymphatiques, la lymphe devient alors stagnante, les toxines ne sont plus éliminées naturellement et s’accumulent dans les seins. Alors que le balancement du sein libre, pendant la marche, crée naturellement un massage qui fait circuler la lymphe.

Et puis, il y a eu cette étude menée à Besançon sur 33 jeunes sportives à qui on a demandé de ne pas porter de soutien-gorge pendant un an, y compris pendant leurs activités sportives. Résultat : leur poitrine n’a pas molli, s’est encore moins affaissée et s’est même carrément rehaussée ! [6]
En 2006, une étude de trois ans menée auprès de 250 femmes a confirmé ces conclusions.

Alors, au feu, les soutiens-gorge, comme on disait dans ma jeunesse ? Ou #freethenipple, en langage Twitter ?!
En tout cas, on peut toujours tenter l’expérience, et voir ce que ça donne. Il sera toujours temps de ressortir le soutien-gorge du tiroir si l’on voit que ça ne convient pas. Voir Les “no bra” : de plus en plus de femmes se débarassent de leurs soutifs (ChEEk Magazine, 22 mai 2018).

[1] http://atelierdedecorationafairesoimeme.e-monsite.com/pages/grossesse/soutien-gorge-d-allaitement.html
[2] http://missmilly.canalblog.com/archives/2009/04/21/13465949.html
[3] https://www.oummi-materne.com/diy-transformer-un-soutien-gorge-basique-en-soutien-gorge-dallaitement/
[4] Il existe des dispositifs destinés à rehausser le sein pendant la tétée (le Breastfeeding Sling, c’est-à-dire un « porte-sein », et le Utterly Yours Breast Pillow, un petit coussin triangulaire en mousse), mais on peut aussi tout simplement coincer sous le sein une serviette éponge roulée.
[5] Sachant que, dans bien des endroits, ces seins pendants ne sont le résultat ni de l’absence de soutien-gorge ni de l’allaitement prolongé, mais bien plutôt d’une pratique appelée « repassage des seins ». Je vous laisse découvrir cette énième mutilation infligée aux femmes : https://fr.wikipedia.org/wiki/Repassage_des_seins
[6] Voir la thèse en médecine de Laëtitia Pierrot, publiée en 2003, dont parle cet article, Non, courir sans soutif n’est pas mauvais pour les seins

 

Article paru dans le hors-série de Grandir autrement Do it yourself du maternage.

A propos de l'auteur

Claude Didierjean-Jouveau

Animatrice de La Leche League France, rédactrice en chef d'Allaiter aujourd'hui ! Auteur de plusieurs ouvrages sur l'allaitement, la naissance et le maternage.

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