Libérez les bébés !

Libérez les bébés !

Parmi la multitude d’objets que les nouveaux parents sont censés acheter à la naissance d’un bébé, figurent un certain nombre de matériels où l’enfant est coincé/attaché/parqué : transat, poussette, siège auto, lit à barreaux, parc, etc.

Certains peuvent être utiles voire incontournables (je pense au siège auto).

Mais là où ils se révèlent nocifs, c’est lorsque l’enfant y passe le plus clair de son temps. On en voit trimballés de la maison à la voiture et retour, sans jamais sortir du maxi cosy où ils restent coincés pendant des heures.
En plus d’être mauvais pour leur colonne vertébrale, cela les empêche d’exercer leur liberté de mouvement.
Rien ne vaut de mettre le bébé allongé par terre sur le dos, sur un tapis. En son temps, il se retournera sur le ventre, puis se mettra à quatre pattes, pour ensuite se lancer à quatre pattes à la découverte du monde.

Les enfants qu’on n’a pas empêché de se mouvoir et qu’on n’a pas mis dans une position qu’ils ne savaient pas encore prendre d’eux-mêmes (je pense à tous ces bébés qu’on assoit avant qu’ils ne s’assoient d’eux-mêmes, et qu’il faut bien caler pour les empêcher de s’affaisser), les enfants qu’on a laissés libres de découvrir par eux-mêmes les possibilités de leur corps et de leur environnement, se meuvent de façon beaucoup plus harmonieuse… et moins dangereuse : il est rare qu’ils se fassent mal, ils savent monter et descendre les escaliers à quatre pattes bien avant de marcher debout, etc. [1]

[1] Voir notamment les observations faites à la pouponnière de Lóczy (Emmi Pickler, Se mouvoir en liberté dès le premier âge, PUF, 1976).

Extrait de l’Album tendresse de la nouvelle maman.

Mon expérience de jeune parent

Extrait de Pour une parentalité sans violence

À la naissance de mon premier enfant, voilà plus de quarante ans, mes sources d’information en matière de développement psychomoteur de l’enfant se limitaient aux magazines style Parents et aux manuels de puériculture grand public. Aussi fus-je étonnée de le voir commencer à marcher à quatre pattes vers 6 mois et s’asseoir seulement un ou deux mois plus tard. En effet dans tous les tableaux publiés par ces manuels et magazines, on trouvait l’ordre chronologique inverse : d’abord la position assise, puis le quatre pattes. Ce n’est que plus tard, en prenant connaissance des travaux d’Emmi Pickler, que je compris que mon enfant était “normal” et que tous ces tableaux reflétaient en fait un développement “déformé” de l’enfant auquel on n’avait pas laissé sa liberté de mouvement. D’ailleurs, en les lisant mieux, je m’aperçus qu’il y était indiqué “tient assis” (sous-entendu : si on l’assied) et non “s’assied”…

Le Dr Emmi Pickler est une pédiatre hongroise qui, en 1946, fut chargée de diriger l’Institut Lóczy, une pouponnière où les enfants, âgés de quelques semaines à 3 ans, vivaient 24 heures sur 24, privés momentanément ou définitivement de leur famille. On sait, notamment après les travaux de Spitz, que les enfants vivant ainsi en institution peuvent présenter des signes d’”hospitalisme”, une sorte de dépression profonde entraînant un retard de développement, voire la mort.
Pour éviter ce risque, Lóczy mit en place un certain nombre de pratiques qui depuis ont été adoptées par nombre de pouponnières et autres lieux d’accueil (crèches, garderies, etc.) :
– chaque groupe de huit enfants était confié à quatre personnes, qui en assumaient totalement la responsabilité et ne changeaient pas, de l’arrivée de l’enfant à Lóczy à son départ (alors que partout ailleurs, l’enfant n’avait plus affaire aux mêmes personnes quand il passait des “petits” chez les “moyens” puis chez les “grands”) ;
– un grand effort était fait pour individualiser les enfants, grâce notamment à un travail d’observation permettant de les connaître intimement ;
– une attention particulière était apportée aux périodes de soins (change, bain, habillage, nourrissage), moments d’interaction entre l’adulte et l’enfant ;
– entre ces moments, l’enfant était laissé libre de vaquer dans un espace à sa mesure, aménagé en conséquence.

C’est grâce à ces observations d’enfants “en liberté” que le Dr Pickler acquit une connaissance très fine et complète du développement moteur de l’enfant. Les très nombreux dessins exécutés par la dessinatrice Klara Papa (d’après “modèles vivants” !) qu’on trouve dans son ouvrage Se mouvoir en liberté dès le premier âge en sont la preuve.

 

Voir sur le site de l’Association Pickler-Lóczy, La motricité libre

A propos de l'auteur

Claude Didierjean-Jouveau

Animatrice de La Leche League France, rédactrice en chef d'Allaiter aujourd'hui ! Auteur de plusieurs ouvrages sur l'allaitement, la naissance et le maternage.

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