Métro, boulot, lolo !

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La reprise du travail reste aujourd’hui l’une des principales raisons d’un arrêt précoce programmé de l’allaitement. Dans un sondage fait par l’Institut des mamans en 2011, 19 % des mères disaient avoir arrêté pour cette raison. Pourtant – et un nombre sans cesse croissant de femmes l’expérimentent – il est tout à fait possible de continuer à allaiter en travaillant.

Pourquoi le faire ?

Tout ce que l’on sait sur la protection apportée par l’allaitement est d’autant plus vrai pour un enfant qui va être gardé, en général à l’extérieur de chez lui, et va donc se trouver en contact avec beaucoup de germes nouveaux potentiellement pathogènes.
Une étude américaine, faite en 1999 sur des enfants dont la mère travaillait [1], a par exemple montré que le risque de présenter une diarrhée était 7,8 fois plus élevé et celui de souffrir d’une pathologie respiratoire aiguë 1,9 fois plus élevé chez ceux qui ne recevaient plus de lait maternel. Et du coup, l’absentéisme maternel en raison d’une maladie de l’enfant était 2,7 fois plus élevé lorsque l’enfant n’était plus allaité que lorsqu’il l’était toujours.
Une autre étude, faite en 2005 sur plus de 1 800 enfants canadiens [2], a révélé que l’allaitement avait un impact positif qui se poursuivait pendant toute la seconde année, même lorsque l’enfant était placé dans un système de garde, et qu’il réduisait la fréquence des antibiothérapies pendant les 2,5 premières années de vie.
Et n’oublions pas qu’au-delà de la santé du bébé à court terme, les études montrent que plus l’allaitement a duré, plus grands sont ses effets sur l’état de santé futur de l’individu (effet dose-dépendant).
Les bénéfices psychologiques sont également très importants. Et c’est sur eux qu’insistent surtout les femmes qui ont vécu cette expérience, avec toujours les mêmes mots pour les décrire : séparation adoucie pour l’enfant et pour la mère, moindre jalousie entre la mère et la gardienne, joie de la « tétée de retrouvailles », assurance donnée par ce lien sauvegardé. Comme le dit Sophie : « Ma plus grande joie, c’est d’ouvrir la porte de la salle de jeux quand j’arrive à la crèche, de voir ma fille courir dans mes bras et me réclamer vigoureusement la tétée. C’est un bonheur de retrouvailles ! »

Comment le faire

Le vrai secret de la réussite, c’est tout simplement… de savoir que c’est possible ! Qu’il ne s’agit pas là d’un exploit réservé à quelques superwomen, mais d’une possibilité réellement offerte à toutes les femmes qui le souhaitent.
Il est bien sûr préférable d’être soutenue par son entourage – en premier lieu le père de l’enfant –, et de ne pas se faire mettre de bâtons dans les roues par la/les personnes qui gardent l’enfant, l’employeur ou les collègues de travail. Se rapprocher d’autres femmes ayant vécu ou vivant la même expérience (réunions de groupes de mères, forums Internet, etc.) est d’autant plus important.
Deux petits « secrets » permettent aussi de mettre toutes les chances de son côté. Ils sont très simples, mais peuvent paraître déroutants, car ils vont à l’encontre de ce qu’on lit et entend un peu partout.
Le premier est qu’on peut continuer à allaiter complètement jusqu’à la reprise effective du travail, sans s’inquiéter si le bébé refuse le biberon (ce qui arrive souvent), voire la tasse ou la cuiller : il l’acceptera de la main de la personne qui le gardera, car il en comprendra alors la nécessité et l’utilité. Alors que lorsque c’est la mère, il ne comprend pas pourquoi on lui propose du « deuxième choix » alors que le « premier choix » est là tout près, à portée de bouche.
On s’évitera ainsi bien des angoisses et des conflits pouvant tourner à l’épreuve de force. On minimisera aussi le risque de confusion sein/tétine (toujours présent, même s’il est fortement diminué, quel que soit l’âge de l’enfant) et on aura davantage de garanties que la lactation, mieux installée car plus ancienne, ne se tarisse pas.
La deuxième chose est, après la reprise, de continuer à allaiter à la demande dès qu’on a l’enfant avec soi (matin, soir, nuit, jours de congé, vacances…). Non, cela ne « perturbera » pas l’enfant de ne pas avoir le même rythme à la crèche ou chez la nourrice, et à la maison. Au contraire, cela l’aidera à se structurer en lui permettant de faire la différence entre « quand je suis avec maman et que je peux téter » et « quand maman n’est pas là et que je ne peux pas téter ». De plus, cela permettra de garder un nombre de tétées non négligeable, et ainsi d’entretenir la lactation, même avec des horaires irréguliers. Comme le raconte Élodie : « Le week-end et les vacances, nous nous rattrapons. Ethan tète autant qu’il veut, si bien que je ne sais même pas dire combien de fois ! »

Tirer son lait

Il est tout à fait possible de concilier travail et allaitement sans jamais tirer son lait. Néanmoins, certaines mères préfèrent que leur enfant ne reçoive que du lait maternel pendant les premiers cinq à six mois, comme le préconise l’Organisation mondiale de la Santé. Et continue à en recevoir, couplé à des solides, même après ces premiers mois.
En plus des avantages pour la santé de l’enfant à court et à long terme, tirer son lait a d’autres bénéfices : en stimulant les seins, cela aide à maintenir la lactation ; cela prévient d’éventuels engorgements, canaux lactifères bouchés, et minimise les « fuites » [3].
Les femmes qui choisissent de tirer leur lait allaitent généralement plus longtemps que les autres. Ainsi, parmi les employées d’une agence gouvernementale américaine qui pouvaient tirer leur lait au travail, 99 % allaitaient à la naissance, et plus de 68 % allaitaient encore à 1 an [4].

Il est évident que plus les circonstances sont favorables, plus il sera facile de concilier travail et allaitement : bébé plus âgé (un mois de plus ou de moins peut faire une grande différence), horaires réduits et/ou flexibles, temps de transport plus court, possibilité de tirer son lait, bébé gardé près du lieu de travail, voire sur le lieu de travail, et pourquoi pas, bébé emmené au travail !
Mais même dans des circonstances beaucoup moins favorables, il est possible de poursuivre l’allaitement. Et d’en tirer une grande joie, une grande fierté et une grande confiance dans ses capacités de mère. Il faut le dire et le redire : personne n’a jamais regretté d’avoir tenté l’aventure, toutes le referaient si c’était à refaire ! Pour Sandrine, « réussir à allaiter ma fille jusqu’à ce qu’elle ait 1 an, malgré ma reprise du travail à 4 mois, est une des plus belles aventures qui me soit arrivée ».

Ce que dit la loi

Voici ce que dit le Code du travail.
Article 1225-30 : Pendant une année à compter du jour de la naissance, la salariée allaitant son enfant dispose à cet effet d’une heure par jour durant les heures de travail.
Article 1225-31 : La salariée peut allaiter son enfant dans l’établissement.
Article 1225-32 : Tout employeur employant plus de cent salariées peut être mis en demeure d’installer dans son établissement ou à proximité des locaux dédiés à l’allaitement.
Pour en savoir plus (modalités, cas des fonctionnaires…), reportez-vous à l’article de la juriste Martine Herzog-Evans : Allaitement et droit du travail

[1] Valdés V et al., Infant illness, breast milk feeding and type of care among infants of working mothers, ABM News and Views 1999 ; 5(3) : 24.
[2] Dubois L, Girard M., Breast-feeding, day-care attendance and the frequency of antibiotic treatments from 1,5 to 5 years : a population-based longitudinal study in Canada, Social Science & Medicine 2005 ; 60(9) : 2035-44.
[3] Pour les aspects pratiques (comment tirer son lait, le conserver, le faire donner…), voir sur le site de La Leche League France  : Tirer son lait.
[4] Whaley SE et al., Predictors of breastfeeding duration for employees of the Special Supplemental Nutrition Program for Women, Infants, and Children (WIC), J Am Diet Assoc 2002 ; 102(9) : 1290-3.

 

Cet article est paru dans le n° 38 de Grandir autrement.

 

Pour aller plus loin :

A propos de l'auteur

Claude Didierjean-Jouveau

Animatrice de La Leche League France, rédactrice en chef d'Allaiter aujourd'hui ! Auteur de plusieurs ouvrages sur l'allaitement, la naissance et le maternage.

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