Le sommeil des bébés

Le sommeil des bébés

Extrait de Maman bio.

À voir le nombre de nos compatriotes qui se plaignent, adultes, de problèmes de sommeil, de ne pas arriver à s’endormir, de se réveiller en pleine nuit, d’avoir un sommeil de mauvaise qualité, de devoir prendre des somnifères…, on peut se demander si la source de ces problèmes ne se trouve pas dans leur petite enfance, à un moment où les attentes irréalistes de leurs parents, attentes conditionnées par la société, ont engendré des pratiques bien peu respectueuses de leurs besoins de bébés.

Comment dorment les bébés

Attentes irréalistes ? C’est par exemple croire que tous les bébés peuvent et doivent « faire leurs nuits » dès 2 ou 3 mois, alors que de nombreuses études montrent que les réveils nocturnes sont fréquents tout au long de la première année.

Une étude finlandaise portant sur 270 bébés âgés de 1 à 12 mois (Michelson K et al, Crying, feeding and sleeping patterns in 1 to 12-month old infants, Child Care, Health and Development, mars-avril 1990) a donné les résultats suivants :
– jusqu’à 3 mois, 90 % se réveillaient au moins une ou deux fois par nuit,
– de 3 à 5 mois, près des trois quarts se réveillaient une ou deux fois,
– de 6 à 8 mois, c’était les deux tiers,
– et 47 % entre 9 et 12 mois.

C’est croire que si le bébé « fait ses nuits » à 3 mois, il ne va plus jamais se réveiller, alors que pas mal de bébés recommencent à se réveiller à 6 ou 9 mois.
C’est croire qu’à partir de 3 ou 4 mois, le bébé n’a plus besoin de téter la nuit.

En fait, les réveils nocturnes au cours de la première année sont non seulement normaux, ils sont sans doute également utiles. On pense par exemple qu’ils seraient préventifs de la mort subite du nourrisson.

Mais comment les parents peuvent-ils survivre à toutes ces nuits hachées ?
Tout simplement en faisant ce que font la majorité des parents dans le monde : en gardant leur bébé près d’eux pendant la nuit.
Ce sommeil partagé répond à la fois au besoin de proximité du bébé, et au besoin de repos des parents.

« Quentin, 4 mois, dort dans le lit familial, et lorsque je le sens chercher le sein, je soulève mon T-shirt. Il n’a pas le temps de pleurer, et moi je me rendors avant même qu’il ait fini. Le matin, en me réveillant, je me dis que j’ai passé une bonne nuit, et ce n’est pas qu’une impression ! »

Où dort bébé ?

Contrairement à la plupart des pays du monde, on pensait chez nous qu’un bébé, dès la naissance, devait s’endormir seul et dormir seul.
Heureusement, un nombre croissant de parents se disent aujourd’hui que ce qui est bon pour la majorité des bébés du monde est sans doute bon aussi pour les nôtres, que les premiers temps, les bébés ont besoin de proximité, de nuit comme de jour, et que cela ne présage pas automatiquement de graves problèmes pour l’avenir.
Un bébé peut donc dormir :
– dans les bras ou sur le corps de sa maman, de son papa, de sa grand-mère, etc.,
– dans un porte-bébé, bercé par les mouvements du porteur : beaucoup de bébés dorment beaucoup mieux et plus longtemps ainsi que posés dans leur lit,
– dans un couffin, berceau, petit lit… placé dans la chambre des parents,
– dans une « extension » du lit familial : lit cododo accroché au lit des parents,
– dans le lit familial.

Précautions en cas de partage du lit
Le spectre de l’étouffement est souvent agité face aux parents qui partagent leur lit avec leur bébé.
En fait, si un certain nombre de précautions et de conditions sont réunies, il n’y a pas de raison qu’il y ait un risque.
Voici les principaux points à respecter :
– ne pas partager le lit avec le bébé si l’on fume, si l’on a consommé de l’alcool, de la drogue ou un médicament pouvant rendre somnolent, si l’on est anormalement fatiguée,
– pas de couchage mou, ni d’installation où le bébé pourrait glisser et rester coincé,
– une température de la pièce ne dépassant pas 18°,
– pas de couette risquant de recouvrir l’enfant, qui ne doit pas non plus être habillé trop chaudement.

Voir les 7 conditions pour partager le lit avec son bébé en toute sécurité.

Des berceaux qui bercent
Il y a par exemple le berceau suspendu Leander qu’on accroche au plafond ou à un trépied. Les berceaux à bascule en bois (De Breuyn…). Ou le berceau en carton renforcé (carrément écolo et économique !) qu’on trouve sur de nombreux sites Internet.
Sans oublier tous les systèmes de hamac (Koala, Baby-YoYo, PandaAmazonas, Yayita, Zébulhamac, etc.) ou le berceau Amazonas, compromis entre le berceau et le hamac.

Des lits pour cododo
On trouve maintenant en France, notamment sur Internet, plusieurs modèles de berceaux qui s’accrochent au lit des parents : berceau Co-Sleeper, lit Babybay, lit Fabimax…
À noter qu’on peut aussi enlever un côté d’un lit à barreaux et l’accrocher à son lit, ou faire fabriquer (ou fabriquer soi-même si l’on est bricoleur) un lit pour cododo.

Comment s’endort-il ?

Un bébé peut s’endormir :
– en tétant : la plupart des bébés allaités s’endorment au sein,
– en étant bercé, dans les bras, dans un porte-bébé, dans un berceau qui berce, dans un hamac…,
– posé sur la poitrine du parent, qui va souvent… s’endormir avec lui,
– avec des berceuses, des bruits de bouche,
– avec des tapotements rythmés (c’est le cas dans pas mal d’endroits en Afrique).

Exiger que, pratiquement dès la naissance, un bébé s’endorme tout seul, avec le seul réconfort d’un doudou inanimé et d’un mobile musical, en lieu et place d’un adulte aimant, c’est ne pas tenir compte des besoins réels d’un tout-petit : besoin de contact, de proximité, de chaleur et d’amour.

Jusqu’à quand ?

À mesure que les mois passent et que le bébé continue à se réveiller chaque nuit, certains parents en arrivent néanmoins à un état d’épuisement qui nécessite de faire quelque chose.
Il faut dire que nous ne sommes pas tous égaux devant le sommeil. Quoi de commun par exemple entre une mère qui a besoin de peu d’heures de sommeil, a un très bon sommeil, se rendort facilement après une interruption, peut éventuellement faire la sieste pendant la journée, et une autre qui a besoin de 8 heures de sommeil, n’arrive pas à se rendormir si elle est réveillée dans la nuit, et doit partir le matin à son travail ?
Il y a aussi certains bébés qui objectivement se réveillent beaucoup plus que la moyenne. Naissance traumatisante ? Angoisse des parents ? Problèmes respiratoires ? Reflux ? Allergie ?

Certains réveils nocturnes peuvent être causés par une intolérance ou allergie aux produits laitiers. Une étude, faite à l’Hôpital Universitaire des Enfants de Bruxelles sur des enfants âgés de 2 à 29 mois qui se réveillaient plusieurs fois par nuit, a montré qu’après quelques semaines d’élimination des produits laitiers, tous les enfants sauf un ne se réveillaient plus qu’une seule fois et dormaient le double de temps ; et qu’après réintroduction des produits laitiers en cachette, les problèmes de sommeil réapparaissaient.

Quelle solution envisager quand on a « atteint sa limite » (très variable d’un parent à un autre) ?
On écartera bien sûr la solution médicamenteuse, hélas plus employée qu’on ne le croit (16 % des bébés de moins de 1 an prendraient régulièrement un produit somnifère).
De même, laisser le bébé pleurer tout seul dans sa chambre n’aboutit en général qu’à le faire se résigner au fait que ses appels ne sont pas entendus et ses besoins pas satisfaits. Dur début dans la vie…
On croit parfois qu’arrêter l’allaitement et/ou « bien caler » l’enfant le soir en lui donnant un biberon pourraient faire qu’il dorme mieux. Rien n’est moins sûr.

Une étude faite sur des bébés de moins de 3 mois (Doan T et al, Breast-feeding increases sleep duration of new parents, J Perinat Neonatal Nurs 2007 ; 21(3) : 200-6) a montré que les parents de ceux qui étaient exclusivement allaités bénéficiaient d’en moyenne 40 à 45 minutes supplémentaires de sommeil par rapport aux parents de ceux qui recevaient des compléments de lait industriel le soir et la nuit. Ces derniers rapportaient également davantage de problèmes de sommeil…

En fait, ce qui « marche » généralement, c’est que le père (à condition qu’il soit présent et coopérant) sèvre le bébé de la mère la nuit. Qu’il se lève, lui, prenne l’enfant, lui explique que c’est la nuit, que tout le monde dort, le berce, le recouche.
Quand tout le monde est d’accord, qu’il n’y a plus d’ambiguïté, le problème se règle généralement en quelques nuits.

« Au bout de neuf mois, je voulais à nouveau dormir des nuits complètes, mais je ne voulais pas laisser ma fille pleurer. Mon mari s’est mobilisé. C’est lui qui se levait quand elle se réveillait. Il lui parlait, lui faisait un câlin, la touchait, lui chantait une petite chanson, et elle se rendormait. Parfois, il suffisait qu’il entre dans sa chambre pour qu’elle se rendorme. Elle a complètement arrêté de réveiller la nuit quand nous l’avons installée dans la chambre de ses sœurs. »

Dans certains cas, la solution sera un « cododo » à temps partiel : le bébé commençant sa nuit dans sa chambre et rejoignant celle des parents à un moment dans la nuit.

À chaque famille de trouver la solution qui respecte au mieux les besoins de tous ses membres, et de savoir rester assez souple pour en changer si le besoin s’en fait sentir.

À lire :

– CS Didierjean-Jouveau, Partager le sommeil de son enfant, Jouvence, 2005.
– Elisabeth Pantley, Un sommeil paisible et sans pleurs, Ada éditions, 2005.
– Nathalie Roques, Dormir avec son bébé, L’Harmattan, 2002.

A propos de l’auteur

Claude Didierjean-Jouveau

Animatrice de La Leche League France, rédactrice en chef d'Allaiter aujourd'hui ! Auteur de plusieurs ouvrages sur l'allaitement, la naissance et le maternage.

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