Allaitement et empathie

Allaitement et empathie

Éditorial du n° 148 d’Allaiter aujourd’hui, janvier 2026.

En 2026, La Leche League International fête ses 70 ans (1).
70 ans de soutien à l’allaitement maternel qui seront célébrés lors d’un congrès virtuel les 18 et 19 octobre (2). De nombreuses sessions multilingues aborderont différents sujets touchant l’allaitement et le maternage.
Pour ma part, j’y parlerai d’allaitement et empathie.

Car oui, l’allaitement a bien à voir avec l’empathie.
Quand un bébé est allaité, lui et sa mère se retrouvent dans un véritable « bain d’hormones », en particulier d’ocytocine, qui est fondamentalement l’hormone de l’empathie. Tant l’ocytocine excrétée dans le lait humain que celle sécrétée en réponse à la tétée (qui combine contact physique étroit avec la mère, succion, chaleur…).

Est-ce pour cela que les bébés allaités semblent mieux à même de reconnaître les émotions d’autrui à travers ses expressions corporelles ? Cette capacité, première étape de l’empathie, fait appel à certaines zones de l’hémisphère droit du cerveau, et émerge dès la première année de vie. Une étude menée auprès de 28 enfants âgés d’environ 8 mois (3) a permis de constater que l’allaitement, et en particulier l’allaitement exclusif, jouait un rôle dans le processus neurologique de reconnaissance des expressions corporelles, la sensibilité de l’enfant aux expressions corporelles de bonheur étant d’autant plus importante que la durée de l’allaitement exclusif avait été longue.

Et si les bébés allaités semblent mieux à même de reconnaître les émotions, c’est également vrai pour les mères qui allaitent, qui semblent plus sensibles aux signaux envoyés par leur bébé. Grâce à l’imagerie médicale, une étude (4) a ainsi montré que le cerveau des femmes qui allaitent répond plus fortement aux cris de leur bébé : les régions liées au comportement de soin et d’empathie s’activent mieux chez elles que chez les femmes qui donnent le biberon. Et ces réponses empathiques et maternantes augmentent leur empathie envers l’enfant à long terme. Une étude faite auprès de 1 272 familles américaines (5) a enquêté sur les liens possibles entre durée d’allaitement et sensibilité maternelle jusqu’à dix ans après la fin de l’allaitement, et a constaté que plus l’allaitement avait duré, plus la sensibilité maternelle était grande. Comme l’a dit l’auteure principale de l’étude, « il y avait bien des études montrant un lien entre allaitement et sensibilité maternelle précoce, mais rien n’indiquait que nous allions observer un effet bien au-delà de la fin de l’allaitement ».

Un vrai cercle vertueux, je vous dis !

 

(1) Voir l’histoire de LLLI ici : https://www.lllfrance.org/nous-connaitre/historique-de-lll-international
(2) https://llli.org/fr/events/llli-conference-2026/
(3) Krol KM et al., Duration of exclusive breastfeeding is associated with differences in infants’ brain responses to emotional body expressions, Front Behav Neurosci 2015 ; 8 : 459.
(4) Pilyoung et al., Breastfeeding, brain activation to own infant cry, and maternal sensitivity, Journal of Child Psychology and Psychiatry 2011 ; 52(8) : 907–915.
(5) Weaver JM, Schofield TJ, Papp LM, Breastfeeding Duration Predicts Greater Maternal Sensitivity Over the Next Decade, Developmental Psychology 2018 ; 54(2) : 220-227.

A propos de l'auteur

Claude Didierjean-Jouveau

Animatrice de La Leche League France, rédactrice en chef de la revue "Allaiter aujourd'hui !" Auteur de plusieurs ouvrages sur l'allaitement, la naissance et le maternage.

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