Ce que veulent les bébés
Cette chronique est parue dans le n° 45 de Grandir autrement, revue hélas disparue, en avril 2014. Je la publie ici, car elle est toujours d’actualité.
Un documentaire et un livre sur les vrais besoins des bébés, ça fait toujours du bien, histoire de résister à la pensée dominante et de se conforter dans l’idée qu’on fait bien d’y répondre.
Aux dernières Rencontres autour de la périnatalité d’Orléans [1], en octobre dernier, j’ai eu l’occasion de revoir un documentaire passionnant que j’avais déjà pu visionner lors de l’édition 2011 des Rencontres.
Il s’agit de What babies want, en français Ce que veulent les bébés, de Debby Takikawa, présenté par l’acteur Noah Wyle (pour les fans de la série Urgences, c’est le Docteur Carter !) qui ici, parle en tant que père [2].
Dès le titre, on est fixés : on va parler de ce que veulent les bébés. Pas de ce qu’ils veulent par caprice ou pour embêter leurs pauvres parents. Non, de ce qu’ils veulent parce qu’ils y ont droit, parce que c’est de cela dont ils ont besoin.
Et que veulent-ils ? Comme le dit Noah Wyle dans l’introduction, c’est tout simple : être aimés et respectés en tant qu’être humains dès le début de leur vie.
Le documentaire donne la parole à des parents ainsi qu’à des spécialistes américains de la petite enfance comme Jay Gordon, Mary Jackson, Ray Castellino, David Chamberlain ou Joseph Chilton-Pearce. Ils parlent de tout ce qu’on sait maintenant sur les besoins des bébés, leur sensibilité, du fait que la façon dont ils sont attendus (les conditions de la grossesse), accueillis dans le monde (les conditions de la naissance) et traités ensuite (les conditions de l’attachement, les risques de la séparation mère/enfant) a un profond impact sur l’adulte qu’ils deviendront, la qualité des liens qu’ils formeront avec leurs semblables, et donc la société où ils vivront.
Ce film devrait être vu par tous les futurs parents et tous les professionnels qui travaillent autour de la naissance et la périnatalité !
Il y a comme ça des films qui font du bien. Il y a aussi des lectures qui font du bien.
Je profite donc de cette chronique pour vous dire que le Besame mucho du pédiatre espagnol Carlos González vient de paraître en français sous le titre Serre-moi fort [3], et qu’il en fait partie.
Un livre qui dénonce la vision très négative de l’enfant qu’ont, « depuis des siècles, consciemment ou pas, médecins, éducateurs et parents », ça fait du bien.
Un livre qui s’attaque à l’éducation visant « à contraindre l’enfant à renoncer à ses inclinations naturelles, nécessairement mauvaises, et à se soumettre à la volonté de l’adulte » et à « extirper le mal à la racine, en usant au besoin de méthodes d’une violence que l’on n’admettrait jamais vis-à-vis d’adultes », ça fait du bien.
Un livre qui refuse que l’éducation consiste à apprendre aux enfants « à dormir seuls, à manger à heures fixes ce qu’on leur présente, à être propres, à accepter la frustration et la séparation d’avec leur mère, à partager, à ne pas couper la parole aux adultes, à obéir sans rechigner… et tout cela sans pleurer, s’il vous plaît », ça fait du bien.
Un livre qui propose de renoncer à la violence et au mépris envers les enfants, et de les élever dans la bienveillance, la confiance, le respect et la tendresse, ça fait du bien.
À Grandir autrement, on ne peut qu’être d’accord avec un tel programme !
[1] https://www.larep.fr/orleans-45000/actualites/les-rencontres-autour-de-la-perinatalite-ont-lieu-ce-week-end_1715489/
[2] What babies want, DVD de 58 minutes avec des sous-titres en français.
[3] Aux éditions du Hêtre, en partenariat avec LLL France. En vente sur la boutique du site. De même que son livre le plus récent, Un cadeau pour la vie.
Dessin de Daphné Dejay pour l’Album tendresse de la nouvelle maman, détail.
