S’occuper des enfants a rendu les humains intelligents

S’occuper des enfants a rendu les humains intelligents

Le titre de cette chronique, parue dans Grandir autrement n° 64, a été « emprunté » à un article de Science et vie publié en 2016, qui fait état d’une hypothèse bien intéressante sur l’évolution de l’espèce humaine.

On sait que, si on le compare à d’autres petits de mammifères, le bébé humain naît dans un état d’« inachèvement » et de prématurité très important. Si l’on se base sur la taille du cerveau à la naissance et celle du cerveau adulte, et qu’on rapporte ces mesures à ce qu’elles sont pour les autres mammifères, on peut dire sans se tromper que les bébés humains naissent prématurés d’environ douze mois.
Cette immaturité explique le grand besoin de contact physique qu’ont les petits d’homme, de jour comme de nuit. Besoin comblé par le cododo la nuit et le portage le jour.
C’est ce que j’ai écrit dans plusieurs de mes petits ouvrage Jouvence [1], car pour moi, cette prématurité explique les besoins des bébés humains et « justifie » les pratiques de maternage proximal.

J’ajoutais : « En permettant aux nouveau-nés préhumains de baigner tout un temps dans la culture de leur groupe (et pas seulement dans le liquide amniotique), le portage aurait donc sans doute joué un rôle décisif dans l’essor de l’humanité. »
Pour moi, l’extrême dépendance du bébé humain, en obligeant les parents à en prendre soin pendant plusieurs années, a permis à la fois la socialisation et la transmission des connaissances, des savoir-faire, etc., et a fait que l’être humain est ce qu’il est… et pas un poisson (à part son capital génétique, on ne peut pas transmettre grand-chose quand on ne fait que pondre et féconder des centaines d’œufs qu’on laisse ensuite se débrouiller…).

Soins parentaux et intelligence

Mais cela va encore plus loin.
Pour Steven Piantadosi et Celeste Kidd, deux universitaires américains de l’Université de Rochester (New York), la nécessité de soins complexes et prolongés aux petits aurait stimulé l’intelligence des adultes.
Pour leur étude [2], ils ont comparé différentes espèces de primates, et montré un lien quasi linéaire entre le degré d’intelligence d’une espèce et l’âge du sevrage de ses petits, depuis les ouistitis qui ne sont allaités que quelques mois et sont considérés comme peu intelligents jusqu’aux chimpanzés dont les petits ne sont indépendants que vers 3/4 ans et dont l’intelligence est proche de la nôtre [3].

Pour les chercheurs, l’évolution de l’espèce humaine aurait vu agir un cercle vertueux qu’ils décrivent ainsi :
« 1. Les bébés humains naissent particulièrement tôt dans leur développement, du fait de leur gros cerveau (et donc gros crâne). Ils sont donc particulièrement peu développés et dépendants.
2. S’occuper de ces enfants demande donc une intelligence accrue, et ainsi un cerveau encore plus grand.
3. L’accroissement de la taille du cerveau (et donc du crâne) rend les bébés encore plus vulnérables à la naissance, et encore plus demandeurs de soins. »

Se pourrait-il que nos sociétés, où les jeunes ne sont souvent pas indépendants (notamment financièrement) avant 25/26 ans, obéissent toujours à ce schéma ?!

 

[1] Notamment Le cododo, pourquoi, comment et Porter bébé.
[2] Extraordinary intelligence and the care of infants, PNAS 2016 ; 113(25) : 6874-9.
[3] Voir le graphique ici : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/?term=27217560%5BPMID%5D&report=imagesdocsum (Fig. 3).

 

Illustration : détail d’une œuvre de Marc Chagall.

About The Author

Claude Didierjean-Jouveau

Animatrice de La Leche League France, rédactrice en chef d'Allaiter aujourd'hui ! Auteur de plusieurs ouvrages sur l'allaitement, la naissance et le maternage.

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